
au début il y a un lieu, un lieu de vie sur lequel je souhaite travailler. J'essaie d'en comprendre, d'en saisir à la fois tout ce qui s'y voit : l'espace, la lumière, les couleurs... et, dans le même mouvement ce qui ne se voit pas, ne se voit plus : l'histoire, les souvenirs enfouis, la charge symbolique
L'artiste français Ernest Pignon-Ernest est né à Nice en 1942. Depuis plus de trente ans il appose des images sur les murs des villes.Très jeune, Ernest Pignon-Ernest expose déjà régulièrement ses oeuvres dans des expositions personnelles. Il s'intéresse à la ville et réalise de nombreuses interventions urbaines qui lui apportent la notoriété.
Ernest Pignon-Ernest choisit une ville, s'imprègne de tous ses aspects et va jusqu'à s'immerger dans l'histoire et les légendes de celle-ci. Ce sera Le Cap à Nice en 1974, à l'occasion d'un jumelage qu'il rejette, Naples en 1988 qui lui offre sa lumière brutale et son passé entêté ou encore Soweto. Pignon-Ernest colle d'immenses sérigraphies sur les murs des villes dans lesquelles il intervient. Fasciné par les premiers gestes de l'homme préhistorique, Ernest Pignon-Ernest réalise Les Arbrorigènes en 1984. L'artiste aime également à faire se côtoyer sur le papier les portraits célèbres de musiciens, d'écrivains ou de poètes.
Toujours très soignée et très attentive aux artistes du passé avec lesquels elle dialogue, l'oeuvre d'Ernest Pignon-Ernest véhicule également de puissantes valeurs militantes et humanistes.
Tout d'abord, le terrain de jeux d'Ernest Pignon-Ernest est un peu le nôtre : c'est la ville, qu'il décore dans le double souci de respecter à la fois la vérité du lieu et sa propre liberté d'artiste. Ensuite, ce qui nous séduit, c'est un véritable travail sur l'éphémère, sur le support livré aux lacérations du temps et des hommes, comme dans l'admirable série des Rimbaud, où le portrait du poète est simplement sérigraphié sur d'humbles chutes de papier journal récupérées au pied des rotatives. Enfin, par son aptitude à poétiser des lieux aussi neutres et parfois aussi désespérants qu'un mur ou qu'une cabine téléphonique, il est de ceux qui nous montrent la voie.
