* Cie des Bidulistes

Conf'Conte - DA IBSEN CODE

15 mars 2007


AG bidulistes

Au commentateur las de ressasser les mêmes exégèses stériles, au lecteur effrayé de la rebutante épaisseur des livres, au chercheur scrupuleux qui croit qu'il n'a jamais rien lu s'il n'a pas toujours tout lu, nous tenterons aujourd'hui d'apporter une éphémère mais juste consolation...

« Qu'est-ce qui, nous sommes-nous demandé, ressort de la plus humble infra-littérature ? Quelle prose livresque s'expose à n'être jamais citée, jamais lue, jamais commentée, jamais aimée, jamais recommandée, jamais compilée, jamais ressassée – jamais haïe non plus d'ailleurs ? Oui, quelle prose, chers amis, mérite ce statut de rognure d'ongles de la littérature mondiale, d'Intouchable absolu de la caste – je ne dirais pas littéraire, mais livresque ? Quels pauvres mots chétifs abandonnées aux lisières de l'écrit mériteraient du seul Biduliste un regard de tendresse et quelques paroles amies ? »

Eh bien, chers amis, cette question obsédante a aujourd'hui trouvé sa réponse...

Je feuilletais, il y a peu, le Journal de Kafka, paru aux éditions Bernard Grasset , traduit et présenté par Marthe Robert. Enfin, j'essayais... Je flairais... Je tournais autour de ce livre comme un limier soupçonneux qui teste un réverbère... Je m'étais vaguement à la page 383 pour y lire ceci : « 2 août [1914] – Après-midi piscine.  » J'avais bien entendu apprécié l'esprit immensément visionnaire de Kafka, mais, il faut l'avouer, l'ouvrage me tombait des mains...

Tout à coup, à force de feuilleter, je m'aventure dans une région bien singulière : les pages n'y portent plus de numéro, une progressive blancheur les dévore. Quelques mots. Quelques chiffres. Des phrases désertées par la ponctuation. Un sens cabalistique. Mais du mystère, un rythme de litanie, du souffle – oui! De la poésie. Jugez-en :

Achevé d'imprimer le 1er octobre 1981
N° d'édition, 5634. - N° d'impression, L 13888
Dépôt légal, 4e trimestre 1981

ISBN 2-246-00491-8

Imprimé en France



« L'impression de ce livre
a été réalisée sur les presses
des Imprimeries Aubin
à Poitiers/Ligugé 
pour les éditions Bernard Grasset »

L'ensemble me semblait bancal, maladroit, et pourtant ... il émanait de ce texte une harmonie à laquelle la disposition du texte, jointe à la succession initiale des déca et des hexasyllabes n'était pas étrangère. Me plaisait également, j'ose le dire, la nature ésotérique du numéro d'impression et du code ISBN. Enfin, mon patriotisme fut touché de ces cinq syllabes martelées : « Imprimé en France ». Imprimé en France...

En bon professeur de français, je notai aussitôt l'obsédante discrétion du champ lexical : impression, presse, Imprimeries, imprimer ... Ah! Il s'agissait donc de cela : imprimer !... Aussitôt mon esprit aiguisé saisit les chatoyantes correspondances de cette pépite oubliée : l'abbaye de Ligugé, la fameuse abbaye de Ligugé (Vienne), sanctuaire de 28 moines, âgés de 25 à 87 ans, qui ont choisi de vivre là selon la Règle édictée par Saint Benoît au VIe siècle ! Rude et heureuse vie du bénédictin, rythmée par les temps de prière, les heures de travail, les moments de vie fraternelle ! Ligugé, l'idéal monastique, la culture, le LIVRE !

Avec jubilation, je démontai même le savant anagramme que formaient les lettres I.S.B.N... En redisposant les lettres dans un autre ordre et en ajoutant le son « e », nous obtenions le nom IBSEN (I.B.S.E.N), célèbre dramaturge scandinave. Je n'ai pu encore démêler quels liens obscurs unissaient l'homme de théâtre norvégien au romancier tchèque. Je pense pouvoir vous en dire plus dans une allocution ultérieure... Voici néanmoins, pour les curieux, quelques lignes troublantes qui appelleront sûrement à la réflexion :

For første gang er det utgitt en biografi over Suzannah Ibsen. Henrik og Suzannah inngikk ikke bare en ektepakt, men også en kunstnerisk pakt, mener forfatter Astrid Sæther. Henrik var det dikteriske geni, Suzannah ga ham styrke, fasthet, ro og disiplin. Hun inspirerte ham til å skape sine mange store kvinneskikkelser, men der Ibsens kvinner bukker under holdt Suzannah seg oppreist. To ganger reiste hun imidlertid fra ham av hensyn til "pliktene mot seg selv", akkurat som Nora.

Mais attachons-nous plus particulièrement au code ...

Ici, une précision s'impose. Je cite : « L’ISBN (International Standard Book Number) ou numéro international normalisé du livre est un numéro international qui permet d'identifier, de manière unique, chaque livre publié. Il est destiné à simplifier la gestion informatique du livre : bibliothèques, libraires, distributeurs, etc. Il ne faut pas le confondre avec l’ISSN (International Standard Serial Number) qui, lui, est réservé aux journaux, revues et autres publications périodiques (leurs éditeurs utilisent un code unique pour désigner une série de publications portant le même titre mais un nombre a priori non défini de volumes, chacun d’eux étant publié à une date différente et devant être numéroté séquentiellement en plus du numéro ISSN attribué à la série complète). La norme ISO 2108 (ICS n°01.140.20) spécifie la construction du numéro ISBN, les règles de son attribution ainsi que l'administration du système ISBN. La première édition de cette norme est parue en 1972. »

Voilà du moins ce que tend à nous faire accroire l'encyclopédie Wikipédia. Sidérantes billevesées ! Car j'ai établi, moi, qu'il existe un lien secret entre ledit code et la langue norvégienne, un secret qui plonge ses racines immenses dans les tréfonds de l'histoire Wiking mêlée comme on sait aux intérêts colossaux des templiers. Mais je ne puis en dire plus... Car les enfants de Jacques de Molay veillent encore jalousement sur les trésors dérobés à la cupidité de Philippe le Bel...

Où en étais-je ? Ah oui : le code !

2-246-00491-8

J'ai établi de source sûre que ce chiffre correspond au numéro de série d'un U-boot allemand qui, par une matinée d'avril 1945, quitta clandestinement le port de Willemshaven, sur les bords de la Baltique, pour un lointain exil argentin... Que transportait ce navire ? Une poignée de hauts dignitaires nazis affolés et soucieux de mettre leur or et leurs vies à l'abri des troupes alliées et de la justice des nations spoliées. On avait même vidé la chambre des torpilles pour faire un peu de place aux oeuvres dérobées avec une folle avidité aux musées des pays conquis : bronzes, vaisselle, statuettes inestimables, tentures, tissus précieux...

Mais le U-Boot 2-246-00491-8 n'arriva jamais à destination : un destroyer norvégien le coula au large de Brest, dont il ne reste plus rien. Quelle connerie, la guerre...

Curieusement, l'équipage du destroyer ne dévoila jamais où exactement eut lieu cette fatale rencontre... les mémoires étaient imprécises, les compas approximatifs, les cartes floues... On se désintéressa de l'affaire, le monde allait son train, on oublia jusqu'au nom du capitaine et jusqu'au numéro du destroyer victorieux. D'autres guerres passèrent...

Mais moi je cherche, je cherche toujours. A la fin d'un livre, un jour quelqu'un notera quelque part, à la fin d'un livre, un code - un prétendu conde ISBN – et je saurai, je sentirai qu'un marin d'une ancienne guerre, las de porter un secret trop lours, a décidé de confier à l'imprimeur le numéro de son navire oublié, numéro que je relèverai, navire que j'identifierai... Il doit bien rester des survivants... Je les retrouverai... Ils me parleront... Oh oui, ils me parleront... Et alors... Je plongerai... dessus...oui exactement... l'épave... et... l'or... à moi... à moi seul...

L'inutile étonne
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